Espoir en Colombie : les négociations de paix progressent

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La nouvelle a fait les grands titres de tous les journaux de Bogotá. Dimanche, à La Havane, les délégués des FARC et du gouvernement colombien ont annoncé qu’ils avaient trouvé un accord sur le premier sujet à l’agenda des négociations: l’agriculture. Cela faisait 30 ans que les FARC et le gouvernement colombien n’avaient plus signé d’accord.

Vers une nouvelle réalité paysanne : une réforme rurale globale (2)

Pour nous, en Belgique, il est difficile de comprendre l’importance historique d’un tel accord autour du thème agraire. Mais en Colombie où jamais ne fut menée de réforme agraire, il mérite d’être célébré. La possession de la terre y est parmi les plus inégalitaires du monde (0,4% des propriétaires possèdent 61,2% des terres cultivables). Elle s’accompagne inévitablement d’une répartition inégale des richesses : des millions de paysans travaillent pour une poignée de latifundistes et ce, pour une bouchée de pain. C’est cette inégalité dans le domaine agricole qui fut à l’origine des FARC dans les années soixante. En 50 ans d’existence, leur principale raison d’être n’a jamais changé : obtenir une juste répartition des terres.

Le gouvernement, à la solde des grands propriétaires, et les FARC, issus des couches paysannes exploitées, ont dû mettre de l’eau dans leur vin pour obtenir un accord. Ainsi, la déclaration commune ne parle pas de réforme agraire stricto sensu mais bien de « faire en sorte que le plus grand nombre d’habitants sans terre ou avec des terres en quantité insuffisante puisse y accéder » (3). Humberto de la Calle, à la tête de la délégation gouvernementale, a déclaré que : « le petit paysan constitue la pierre angulaire de l’accord » tout en rappelant que l’ensemble des décisions prises « n’auront pas d’impact sur la propriété privée ».

Les négociations

La nature concrète des accords ne sera dévoilée qu’à la fin du processus de négociation de paix qui prévoit quatre autres volets : la participation et les garanties à l’exercice d’une opposition politique, la fin du conflit armé, l’issue au problème du narcotrafic et la réparation des victimes du conflit. Il y a donc encore beaucoup de pain sur la planche mais ce premier résultat, concret, obtenu après 6 mois de discussion, est un bon signal pour la suite du processus.

La nécessaire pression de la rue

Dans sa résolution politique du 19 mai (4), le parti communiste colombien (PCC) réaffirme le rôle prépondérant joué par les organisations sociales au sein du processus car : « de son côté, le gouvernement veut non seulement une paix ‘express ‘ mais aussi une paix sans changement sociaux, politiques et institutionnels ». Il appartient donc aux organisations sociales de faire pression pour que les négociations puissent, d’une part, avancer à leur propre rythme (et non pas selon les impositions des échéances électorales colombiennes) et, d’autre part, permettre une réelle transformation de la société colombienne au travers de changements en profondeur. Pour ce faire, le PCC rappelle qu’il est important, « d’unir les ‘rébellions’ croissantes mais encore dispersées. C’est un impératif pour le mouvement populaire et la gauche anti-impérialiste »

Perspectives

Certains observateurs pensent qu’en s’asseyant à la table des négociations aux côtés des FARC, le gouvernement colombien a mis la main dans un engrenage duquel il ne percevait pas la portée. Il s’attendait à négocier uniquement (et rapidement) un cessez-le-feu sans conditions. Il voulait maintenir tel quel le modèle socio-économique et permettre aux investisseurs étrangers de s’installer dans le pays rapidement, sûrement et facilement dans le cadre des accords de libre-échange négociés avec les USA et l’UE. Mais la population en a décidé autrement. Fatiguée d’un conflit armé qui s’éternise, révoltée contre un système qui exploite les pauvres et enrichi les puissants, elle s’est mobilisée. Elle descend dans les rues pour soutenir les négociations quand le gouvernement menace de les quitter. Elle participe massivement aux différents forums de paix qui se réalisent un peu partout dans le pays. Elle envoie ses propositions aux négociateurs de la Havane. Elle s’implique tant et si bien que c’est sa participation qui s’avère être la principale garante d’obtentions de résultats tangibles au sein du processus.

Le chemin de la paix est encore long. La droite essaiera encore et encore de faire capoter les négociations pour préserver coûte que coûte ses privilèges. Et, si un accord global est obtenu, garantir sa mise en œuvre sera encore plus difficile que de garantir l’aboutissement des négociations. Le peuple colombien en est bien conscient et mettra tout en œuvre pour parvenir à construire une Colombie qui soit enfin plus juste et plus équitable.

Cet article a été écrit par André Crespin, et est repris de www.intal.be

[1] www.semana.com (27 mai 2013)
[2] Comunicado conjunto, publié sur www.elespectador.com (27 mai 2013)
[3] Comunicado conjunto, publié sur www.elespectador.com (27 mai 2013)
[4] www.pacocol.org

Photo: 'Creative Commons' door Kaushal Karkhanis CC-BY-NC-SA 3.0
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