Résistance colombienne contre le TLC

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Partout en Colombie, la population proteste contre les accords de libre-échange. Les manifestations ont pour origine la situation particulièrement critique et la révolte de plus de 500.000 familles d’agriculteurs issus du département de Boyaca. Loin de se cantonner à ce seul département, ce soulèvement agricole et populaire s’est rapidement propagé.

La colère gronde depuis deux semaines

Bien qu’au commencement la révolte avait pour source les conditions de vie et les difficultés du secteur agricole, le front contestataire s’est rapidement élargi. S’y sont greffés les secteurs minier, des transports, de la santé et de l’éducation. Ce sont à l’heure actuelle des centaines de milliers de Colombiens qui manifestent et descendent dans les rues pour faire entendre leur mécontentement.

Leurs revendications restent inchangées. L’accès à la terre et la réforme agraire, le refus de la violence étatique et de la militarisation de la société sont au cœur des demandes. Par ailleurs le mécontentement populaire concerne aussi- l’évolution difficile du processus de paix à La Havane, la dette nationale colombienne qui s’envole, l’appropriation du territoire par les multinationales étrangères, la spéculation grandissante sur les denrées agricoles, les problèmes de contamination de l’environnement de la part du secteur minier, …

Le gouvernement réagit violemment

La réponse gouvernementale ne s’est pas fait attendre longtemps, d’une part des milliers de militaires ont été dépêché sur le terrain afin de réprimer de manière violente et disproportionnée les nombreuses marches pacifistes qui jalonnent le pays. Selon l’agence de presse Prensa Latina, l’utilisation d’armes à feu de la part de l’armée a déjà fait trois morts, des douzaines de blessés… Le gouvernement Santos, bien que pointé du doigt de manière récurrente pour ses infractions aux droits de l’homme, continue de réprimer sans envisager le dialogue.

D’autre part, Santos nie l’existence même de la grève actuelle, en la qualifiant d’épiphénomènes sporadiques, spécifiques et localisés. Sa ligne de défense reste pour le moment inchangée à savoir que ces mouvements de révoltes sont fomentés par des mouvements d’extrême droite et de gauche visant à déstabiliser le pays. De ce fait, les revendications issues de la contestation populaire sont considérées comme illégitimes.

Un modèle de développement inadéquat

Malgré la pérennisation du conflit armé interne, l’augmentation de la concentration de la terre et des capitaux, de l’augmentation des inégalités et du cout de la vie, le gouvernement colombien n’est pas prêt à remettre en cause le modèle de développement qu’il prône et qui ne laisse derrière lui que désolation, misère et pollution.

Dans ce cadre, la signature prochaine du traité de libre-échange (TLC) avec le Pérou et la Colombie est de très mauvais augure. En effet, cet outil économico-juridique permet de légaliser les investissements étrangers, le pillage des matières premières, la destruction de l’industrie et des marchés locaux mais aussi de favoriser la dégradation du respect des droits de l’homme - tout comme ceux lié au respect de l’environnement.

Suivant jusqu’au bout les principes néo-libéraux de l’Occident et de l’oligarchie colombienne, le gouvernement est caractérisé par une faible volonté de développement interne et tourné vers un développement dirigé vers l'extérieur, une dépendance totale aux investissements et capitaux étrangers, une utilisation de l’appareil militaire sans limite pour satisfaire les multinationales auxquelles il est totalement soumis.

Quant à elles, les revendications de la société civile n’ont pas changé à savoir :

  • La fin du conflit armé, l’obtention d’une paix durable et d’une justice sociale.
  • L’accès aux droits fondamentaux dont celui de l’accès à la terre, à un mode de vie digne, à une éducation, des soins de santé et une habitation de qualité
  • L’obtention d’une démocratie participative réelle pour le peuple avec un pouvoir décisionnel
  • La protection intégrale des écosystèmes, du sol et des sous - sols -
  • L’adoption de réelles politiques visant à atteindre la sécurité, l’autonomie et la souveraineté alimentaire
  • La fin immédiate des persécutions et violences à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme 

 

Bron: www.intal.be