Survivre au typhon Haiyan: Rencontre avec des avocats philippins défenseurs des droits de l'homme

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Le mercredi 16 avril, nous avons organisé, dans le cadre de la campagne Stop the Killings, une conférence sur les Philippines, afin d'analyser les situation 6 mois après le passage du typhon. Etaient présents, Jan Vanhuysse, directeur de Solidagro et une délégation de la National Union of People's Lawyers, venant directement des Philippines. Les avocats progressistes de la NUPL ont fin 2013 gagné le tout premier prix Stop the Killings pour la défense des droits de l'homme et ils ont pris part, avec une douzaine de représentants, à cette initiative de solidarité. Les avocats étaient en Belgique pour le congrès du l'International Association of Democratic Lawyers.

La conférence a eu lieu dans les bâtiments de la CSC à Bruxelles, où nous avons pu profiter de la très belle chapelle Cardin. Nous avons commencé par un film reprenant des témoignages de survivants philippins deux mois après le passage du typhon. Le film était assez fort. Le gouvernement n'a pas réagi à temps et l'aide qu'ils ont pu quand même apporter, n'était pas suffisante. La population locale ne cherche pas seulement à se loger et à se nourrir, mais également à travailler. Et recherche des possibilités de reconstruction.

Zone de guerre

Le People's Surge, un mouvement populaire qui s'est créé dans les grandes villes des zones touchées, a clairement démontré que l'aide n'était pas suffisante. Une citation de Lord Mc Connell d'Ecosse en dit long sur la situation: "Partout dans le monde, les gens demandent à manger après une catastrophe. Pas aux Philippines. Les paysans demandent des semences. Les pêcheurs demandent des bateaux. Ils veulent pouvoir se débrouiller par eux-mêmes et c'est très impressionnant." (voir l'article sur M3M "Philippines, quatre mois après Haiyan: un âge d'or pour investir?")

Après, c'était au tour de Jan Vanhuysse de nous offrir son témoignage. Jan s'est rendu aux Philippines en février durant trois semaines avec une délégation de la province de Flandre orientale. Il a vite remarqué que pas grand chose n'avait changé depuis le typhon. La population des zones touchées, qui ne se cantonne pas seulement à la ville de Tacloban, est toujours sans travail. Il y avait peu d'électricité, d'eau ou encore de nourriture. Le gouvermement a déçu, et pas qu'un peu. "Ce que j'ai vu, je ne peux le décrire que comme une zone de guerre", avoue Jan.

Ensuite, c'était au tour des avocats de la National Union of People's Lawyers de prendre la parole. Edre Olalia est le secrétaire général de la NUPL, Neri Colmenares est avocat et représentant au sein du parlement philippin pour le parti Bayan Muna et Carlos Zarate est un avocat de Mindanao et également représentant pour Bayan Muna. Carlos s'était déjà rendu en Belgique dans le cadre de la campagne Stop the Killings. Il est un des avocats qui défend les victimes du massacre Ampatuan, qui a eu lieu en 2009.

Edre Olalia et Neri Colmenares se sont rendus en mars dans les zones touchées et se sont démenés non-stop pour les victimes depuis lors. Ils pouvaient confirmer la version de Jan à propos d'un gouvernement absent, un manque d'aide et de graves problèmes pour commencer la reconstruction.

Relations publiques

Un problème moins connu, mais pourtant très important est l'influence du monde politique dans la gestion de l'aide d'urgence. L es avocats de la NUPL ont raconté que les maires qui étaient membres du même parti politique que le président recevaient plus d'aide d'urgence que les maires qui étaient dans les partis opposés au président. Ces mesures hallucinantes sont courantes aux Philippines.

Il y a bien des ONGs internationales qui ont essayé d'aider, mais qui ne pouvaient, ou n'osaient pas se rendre dans toutes les zones touchées. Chaque pays n'a pas non plus envoyé d'aide. Les avocats de la NUPL étaient très critiques par rapport aux Etats-Unis, qui ont surtout envoyé de l'aide militaire. "C'était purement pour les relations publiques", a dit Edre. Les Etats-Unis veulent surtout, selon les avocats, promouvoir leur ancienne présence militaire en montrant que leurs soldats sont utiles en temps de crise.

La soirée s'est clôturée avec un message très important pour des organisations comme les nôtres et les campagnes telles que Stop the Killings. Garder l'attention sur les Philippines dans les médias est vital. Le gouvernement est sensible à la pression internationale. En organisant des actions de sensibilisation et des soirées d'infos, la situation aux Philippines reste fraiche dans nos mémoires et notre indignation sert à envoyer un signe clair à notre gouvernement ainsi qu'au gouvernement philippin.

La soirée était une initiative de différentes organisations membres de la plate-forme Stop the Killings.

Longue vie à la solidarité internationale!

Les avocats ont également été interviewés par le magazine Tertio et La Libre Belgique.

Cet article a été repris de www.intal.be - Les photos sont de Kendy Geuns.

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Le panel : Carlos Zarate, Neri Colmenares, Jan Vanhuysse en Edre Olalia
Neri Colmenares et Edre Olalia
Carlos Zarate
foto
une salle bien remplie
et un publique content
phot de groupe derrière le drapeau de UPB, organisation membre de la plate-forme