Philippines : Assassinat d'un dirigeant paysan et d'une travailleuse de la santé

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Le dimanche 24 mai 2015, deux activistes philippins ont été assassinés. Rosalie Calago et son mari Endrick ont été abattus. D'après les organisations des droits de l'homme, des indices laissent à penser que c'est l'armée gouvernementale philippine qui est responsable de l'agression.

Vers 22 heures, plusieurs témoins ont entendu des cris dans la maison de Rosalie et Endrick. Rosalie aurait crié « À l'aide ! L'armée est ici ! » Quelques instants plus tard, il y a eu des détonations et, un peu plus tard encore, la maison était en feu.

Les organisations partenaires de M3M, Gabriela et CHD, condamnent cet assassinat et insistent sur le nombre croissant d'agressions contre les travailleurs de la santé qui osent critiquer le pouvoir en place et qui s'engagent au sein des communautés pauvres, marginalisées.

Rosalie Calago était travailleuse de la santé auprès de Gabriela, dans la section locale de la province du Negros Oriental. Son mari Endrick était le vice-président de Kaugmaon, un mouvement paysan local qui lutte pour une réforme profonde de l'agriculture aux Philippines. Ensemble, ils défendaient également les droits des victimes d'un grave tremblement de terre qui avait ravagé la région en 2012.

Rosalie était une fervente partisane de l'empowerment, elle croyait que les communautés doivent se battre pour leur droit à la santé et que, par conséquent, il est préférable qu'elles élaborent elles-mêmes aussi des programmes alternatifs de santé afin de satisfaire à tous leurs besoins fondamentaux.

Depuis quelque temps déjà, Rosalie et Endrick étaient visés par le pouvoir en place. Depuis mars 2015, Endrick figurait sur la liste des dirigeants paysans soupçonnés d'être membres des groupes rebelles communistes. Cette liste aurait été diffusée parmi les militaires de l'armée gouvernementale, et ce, dans le cadre de son programme anti-insurrectionnel.

L'assassinat de Rosalie et Endrick n'a rien, hélas, d'un cas isolé. Les travailleurs de la santé, les dirigeants de communautés et autres activistes des droits de l'homme qui se montrent critiques à l'égard du pouvoir sont de plus en plus victimes d'attentats. Les travailleurs de la santé subissent des intimidations ou se font abattre et, par conséquent, des milliers de personnes dans des régions pauvres et totalement marginalisées perdent leur accès aux soins de santé de base.

CHD, Gabriela et des autres organisations aux Philippines font état de cette problématique dans leur campagne pour l'accès aux soins de santé. En compagnie de plusieurs autres organisations de défense des droits de l'homme, elles ont rédigé une déclaration officielle qu'elles ont adressée au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. Elles demandent aux Nations Unies d'exercer des pressions sur les autorités philippines afin que celles-ci mettent un terme à leur programme anti-insurrectionnel (Oplan Bayanihan) et ne prennent plus pour cible les  activistes des droits de l'homme, ni ne les étiquettent comme rebelles communistes. Le 23 juin, le secteur de la santé organisait également une marche d'indignation dans la capitale philippine, marche au cours de laquelle il réclamait justice pour les victimes.

Source: M3M.be