“Aidez-moi à retrouver mon fils” - interview de Edita Burgos


C’est au mois de novembre qu’Edita Burgos, la mère du jeune militant Jonas Burgos enlevé aux Philippines, est venue en Belgique chercher de l’aide dans sa quête de justice. La plate-forme Stop the Killings la soutient ainsi qu’elle le fait pour d’autres victimes d’assassinats politiques et de disparitions. Prends également connaissance du reportage photo de la visite d'Edita Burgos en Belgique.
Regarde la vidéo complète de l'interview (en anglais) ici-en bas.

Jonas Burgos avait 37 ans lorsqu’il a été enlevé dans un centre commercial de Manille. En tant qu’agronome, il assurait les formations en techniques agricoles au sein du syndicat rural progressiste Alyansa ng Magbubukid sa Bulacan. Jonas est le fils de José Burgos Jr. qui est considéré aux Philippines comme une icône en matière de liberté de la presse et comme un pionnier des médias alternatifs sous la dictature de Marcos. Depuis la disparition de son fils, Edita Burgos s’est investie sans relâche dans les recherches. Elle se bat également pour tous les autres disparus au travers de l’association créée par les familles de disparus Desaparecidos dont elle assure la présidence.

Quelles informations avez-vous sur la disparition de Jonas ?

«  Nous avons les preuves que Jonas à été enlevé par les militaires. Il était membre d’une organisation qui, comme beaucoup d’autres aux Philippines, est qualifiée de terroriste par le gouvernement en place pour sa prétendue appartenance à la résistance armée. Jonas se limitait cependant à apprendre leurs droits aux agriculteurs ».

Que signifie cette disparition pour vous ?

« Ma peine est indescriptible. Elle est quotidienne et subie par tous les membres de la famille. Ma petite fille, la fille de Jonas, en est encore traumatisée. Mais en même temps, je me sens privilégiée. Mon époux était un journaliste célèbre, un des rares qui dans les années septante à osé critiquer le dictateur Marcos. Grâce à son engagement, nous avons encore beaucoup d’amis dans le monde des médias. La disparition de Jonas a par conséquent été rapidement signalée et c’est ainsi que je suis devenue la porte-parole de l’association Desaparecidos, la seule association qui préfère ne pas faire de nouveaux membres. Je ne le fais pas seulement pour Jonas. Si nous parvenions à résoudre ne fut-ce qu’un seul cas de disparition, ce serait déjà un début de justice pour les 200 autres ».

Jonas n’est en effet pas la seule personne disparue. Que ce trame-t-il derrière toutes ces disparitions ?

« Les Philippines prétendent être le pays le plus démocratique de toute l’Asie, ce qui est en contradiction avec les exécutions sommaires qui s’y pratiquent et les nombreuses disparitions qui s'y opèrent. Si après la publication d’un rapport accablant des Nations Unies, le nombre d’assassinats politique a diminué, le nombre de disparitions a cependant augmenté. C’est un changement de tactique et nous pensons que le nombre de disparitions augmentera encore dans le cadre du programme de lutte contre le terrorisme menée par la présidente Arroyo dont les objectifs doivent être atteint avant la fin de son mandat. Si ce programme est en soi justifiable, il est cependant certain que le gouvernement se trompe de cible en s’attaquant aux personnes désarmées et sans défense. Toutes les victimes ont un point commun : leur implication à porter assistance aux personnes les plus faibles et les plus exposées, pas seulement aux agriculteurs tels que mon fils, mais aussi aux journalistes, avocats, militants des droits de l’Homme, dirigeants de syndicats et prêtres ».

Quel type d’aide avez-vous reçu aux Philippines ?

« Comme nous n’avons pas obtenu justice auprès des tribunaux, nous nous sommes tournés vers la rue. Nous avons obtenu un soutien important de la part d’organisations progressistes. A vrai dire, ce sont les seules qui nous aident, les autres nous évitent, même l’Eglise catholique refuse de se prononcer. Je suis très croyante mais je n’ai pu compter que sur le soutien individuel de quelques prêtres et évêques ainsi que sur celui de quelques églises protestantes. L’Eglise catholique se tait. C’est pourquoi je suis venu chercher de l’aide à l’étranger. Quand je vois la façon dont vous vivez ici, libres, solidaires et sans menaces, je reprends espoir et je désire le partager avec la famille des autres disparus. Les Européens nous soutiennent ».

Qu’attendez-vous de la communauté internationale ?

« Aux Philippines, nous avons tout essayé, sans le moindre résultat. L’affaire est toujours déposée aux greffes de la Cour suprême. Le fait que le nombre d’assassinats politiques ait diminué suite à la pression internationale me laisse espérer que l’on puisse obtenir le même résultat pour les disparitions. Même si le gouvernement continue de prétendre que les droits de l’Homme sont respectés aux Philippines et que les enfreintes sont poursuivies, j’ai assez de preuves pour prétendre le contraire. Jusqu’à ce jour, aucune affaire de disparition n’a été résolue. Bien au contraire, les auteurs sont promus et félicités par le Parlement et tout le pays. Plutôt que d’encourir une peine, c’est la promotion que réserve le gouvernement aux militaires. C’est ce que je veux faire savoir aux Européens, car je sais que le gouvernement philippin est très sensible à la pression internationale ».

Toi aussi, montre ton visage !
Stop the Killings organise encore cette année une marche aux flambeaux, le 10 décembre prochain à 18h30. Le point de rencontre est la place de l'Albertine à Bruxelles (près de la gare centrale).
Participe également à notre pétition photo. Le concept est simple : télécharge l’affiche sur le site op www.stopthekillings.be et fait un maximum de photos de personnes avec elle. Envoie ensuite ces photos à info@stopthekillings.be.

Prends également connaissance du reportage photo de la visite d'Edita Burgos en Belgique.

Regarde la vidéo complète de l'interview (en anglais).