Où en sommes-nous actuellement avec l'accord de libre-échange entre l'Europe, la Colombie et le Pérou?

La campagne Stop the Killings de l'année passée avait pour thème la signature des accords de libre-échange que l'Europe a conclus avec la Colombie et le Pérou. Le mouvement social dans ces pays n'avait pas été consulté et s'est opposé fortement à ces accords. Le 10 décembre, STK a lancé avec quelques centaines de personnes une action au Parlement européen à Bruxelles, en soutien à leur lutte.

 Accord de libre-échange? Récapitulatif

Le libre-échange implique que les produits et services doivent pouvoir être échangés entre les pays concernés de la façon la plus libre possible, sans taxes d'importation ni d’exportation. Lorsqu'on regarde cette définition, on pourrait croire qu'il n'y a rien de mal à cela. En réalité, les pays en voie de développement ont souvent moins de pouvoir de négociation que les pays industrialisés et les intérêts des multinationales prennent souvent le dessus sur les intérêts de la population.

Business Europe veut que l'accord commercial entre l'UE et le Pérou et la Colombie soit approuvé le plus vite possible. Même s' il s'agit de marchés relativement petits, le Fonds de Service Européen (FSE) voit dans Colombie, le Pérou et l'Amérique centrale un marché potentiel de 118 millions de personnes avec une demande croissante de services. Les principaux secteurs dans lesquelles l'Europe veut investir sont les services de télécommunications, de distribution, financier et la construction. Avec l'accord de libre-échange approuvé aux États-Unis le 15 mai dernier, l'Europe s'empresse de vouloir gagner des parts de marché avant que tout ne soit conquis par les Américains. Last but not least, le FSE est bien entendu convaincu que davantage de commerce sera bénéfique à la croissance économique en Colombie et au Pérou ce qui profitera à l'ensemble de la population.

Le monde des affaires en Colombie et au Pérou a également salué l'initiative et s'attend à ce qu'elle entraine de nouveaux marchés, des investisseurs étrangers et la création des nouveaux emplois. Le président de l'organisation des employeurs colombiens ASOFONDOS demande à la communauté internationale de reconnaître les efforts pris par le gouvernement colombien pour améliorer la situation des droits humains afin de protéger les personnes vulnérables. Les chiffres des organisations des droits de l'homme et les syndicats en Colombie montrent le contraire. Il y a déjà eu 61 syndicalistes assassinés depuis que Santos est au pouvoir.

La critique du mouvement social

  • Selon Recalca, c'est principalement l'Europe qui aura accès à de nouveaux marchés. Les producteurs colombiens et péruviens seront perdants étant donné qu'ils ne peuvent pas concurrencer des industries européennes. Les clauses de l'accord sur l'investissement et les marchés publics laissent peu de place aux décisions gouvernementales et compliquent la nationalisation des industries.
  • La clause sur les droits de propriété intellectuelle et la privatisation des soins de santé empêchent la production ou l'importation de médicaments génériques. La hausse des prix des médicaments qu'impliquent les DPIs rend difficile l'accès aux médicaments pour la population.
  • La privatisation des marchés financiers diminue le pouvoir de régulation des pays. Ces derniers sont donc plus sensibles aux fluctuations des prix
  • Le gouvernement n'a jusqu'à présent pas fait d'effort pour remédier aux violations des droits de l'homme, et il est même en partie responsable des crimes commis. Pourquoi alors ferait-il maintenant un effort? Le président colombien Santos était ministre de la Défense sous le régime précédent d'Uribe. Il est bien au courant de ce qui se passe.
  • La crise des réfugiés internes est fortement liée à la saisie des terres par des entreprises ou des gouvernements.
  • L'accord va sans aucun doute accroître les investissements dans l'industrie minière. Lorsque les entreprises minières sont actives à grande échelle, il y a davantage de conflits sociaux. Le cas du Conga au Pérou le montre bien, comme vous pouvez lire dans "Criminalisation des protestations sociales au Pérou".
  • Les dégâts environnementaux causés par la pression sur les ressources en eau, sur la déforestation et sur la biodiversité.
  • Last but not least, les deux pays auront moins de revenus en raison de la diminution des tarifs douaniers

Situation: Le plan d'action , la "démocratie européenne"

Le traité de libre-échange sera voté en septembre au sein du Parlement européen. Cependant, le 16 mars, le Conseil Européen a décidé (influencé par les intérêts commerciaux de Business Europe?) que l'accord de libre-échange pourrait déjà « être appliqué provisoirement », avant même que le vote ait lieu au Parlement européen. Pour ce faire, ils ont voté un « Plan d'action » que vous pouvez lire dans le communiqué de presse du Conseil de l'Europe. Ceci est contraire à la décision que chaque État membre de l'Europe a son mot à dire au sujet de cet accord controversé, comme nous a assuré le commissaire européen de commerce Karel De Gucht, après notre action le du 10 décembre de l'année dernière. Voir ici.

Et maintenant?

Les syndicats et les mouvements sociaux en Colombie et au Pérou continuent de s'organiser et de se prononcer à l'encontre de cet accord. Et nous continuons à les soutenir. Que pouvez-vous faire pour convaincre nos parlementaires belges européens de voter non?

Bien sûr, nous soutenons également la pétition internationale qui a été lancée en janvier de cette année. Un chaleureux appel également à la signature de cette pétition sur www.fta-eu-latinamerica.org