Mobilisation à l’image de Jonas Burgos - Stop the Killings Justice Now!

Jonas Burgos a été enlevé le 28 avril 2007 par deux hommes armés en pleine journée dans un centre commercial de Manille aux Philippines. Depuis lors il n’y a aucun signe de vie de ce jeune activiste syndical qui aurait 39 ans aujourd’hui.

Comme un des nombreux disparus forcés que comptent les Philippines et le monde aujourd’hui, Jonas est aujourd’hui devenu un symbole de la lutte de « Stop the killings ». Cette plateforme de syndicats et ONG a revendiqué lors de la récente journée des droits de l’homme du 10 décembre à Bruxelles que dans le cas de Jonas, que comme tous les autres cas de disparitions forcées et de violations de droits syndicaux, justice soit faite et que les assassinats cessent.

Plus de 400 militants ont répondu présents à l’appel à la mobilisation de « Stop the killings » dont notamment de nombreux militants de l’ACV-CSC de Bruxelles, de l’ACV de Louvain et de la LBC-NVK. Ils se sont réunis à la place Albertine au centre ville de Bruxelles pour manifester leur indignation face aux assassinats de leaders syndicaux, responsables de communautés paysannes et indigènes, défenseurs de droits ou journalistes qui s’engagent pour une société plus juste.

Les activistes des droits de l’homme au Philippines, en Colombie et au Guatemala sont particulièrement en ligne de mire, comme l’ont rappelé plusieurs orateurs lors de la mobilisation.
Ainsi aux Philippines ces 8 dernières années, depuis que la présidente Gloria Arroyo a accédé au pouvoir, les organisations des droits de l'homme ont décompté 1013 assassinats politiques et 202 disparitions pour des raisons politiques. Ainsi, l'actuelle présidente fait pire que ses prédécesseurs, y compris le dictateur Marcos.
En Colombie les assassinats ne cessent pas, depuis le début de l’année il y a eu 35 meurtres de syndicalistes, mais la violence de la société colombienne concerne tous les secteurs de la société et l’ensemble des métiers. « Ainsi 195 enseignants ont été assassinés et aucun inculpé à ce jour. Une situation inacceptable qui suscite une profonde préoccupation au sein du mouvement syndical » déclara la Confédération Syndicale Internationale récemment.
Au Guatemala les meurtres de deux membres du Mouvement syndical indigène et paysan du Guatemala (MSICG) survenus entre octobre et novembre ont également exhorté le mouvement syndical guatémaltèque et international.

Vêtues de masques de Jonas Burgos, avec des flambeaux dans la main, les manifestants ont pu entendre des témoignages très interpellants dont notamment celle de la jeune militante Jo qui expliquait dans quelles conditions sa copine aux Philippines avait été assassinée.

Initialement une marche aux flambeaux avait également été prévue par les organisateurs, mais l’autorisation n’a pas été obtenue à cause du sommet européen qui se déroulait au même moment. « La liberté d’association ne semble pas non plus être la priorité ni de l’Union Européenne, ni de l’Etat Belge » était la réaction spontanée des nombreux manifestants lors de l’annonce qu’un programme alternatif avec discours et musique très riche allait seulement se dérouler sur la place Albertine et sur le Mont des Arts.

Assurer que la Belgique prenne ses responsabilités sur la question des droits de l’homme était également l’objectif de la rencontre d’une délégation de « Stop the Killings » avec deux responsables du cabinet du premier ministre Leterme qui précédait la mobilisation. Concernant la convention sur les disparitions forcées adoptée en 2006 par les Nations Unies, toujours pas ratifiée par notre pays, Pierre Cartuyvels, conseiller politique et Charline Desmecht, responsable Droits de l’Homme au sein du cabinet du premier ministre assuraient que le processus de ratification commencera avec la déposition d’un projet de loi au sénat encore avant les vacances de Noël.

La demande de la délégation de mettre le thème des disparitions forcées à l’agenda du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies où la Belgique a actuellement la présidence, a été entendu par les autorités sans prendre un engagement concret, mais en montrant clairement leurs disponibilités d’agir.

Les deux responsables du gouvernement ont été beaucoup plus diplomatiques dans leur langage concernant la question sur les droits syndicaux et le commerce tels qu’ils se posent aujourd’hui surtout dans le contexte des négociations commerciales de l’Union Européenne avec la Colombie et dans le cadre de la conclusion d’un accord d’investissement que la Belgique a signé avec la Colombie en février de cette année. Or c’est ici que la question de droits de l’homme et de la cohérence de la politique belge se pose de manière la plus aigue aujourd’hui. Sachant que de nombreux pays comme les Etats-Unis, le Canada ou la Norvège ont suspendu les négociations commerciales ou d’investissement avec la Colombie à cause de la situation des droits de l’homme dans les pays, la Belgique risque de discréditer sa bonne réputation en matière de défenseur des droits de l’homme si elle procède à la ratification d’un tel accord d’investissement, tout comme l’Union Européenne sur la scène internationale si elle ratifie un traité de libre-échange avec ce pays d’Amérique du Sud. Les assassinats de syndicalistes et la constante violation des droits syndicaux donne la conviction profonde au mouvement syndical colombien et international qu’aucune concession aux droits de l’homme pour des raisons de commerce ne peut qu’être admise. Le détermination dans l’action avait déjà fait incliner l’administration de Georges Bush qui pensait pouvoir ratifier un traité de libre-échange avec le pays en vitesse. Aujourd’hui c’est la commission européenne qui fait face à une résistance chaque fois grandissante dans le contexte de ses négociations comme témoigne ultimement une résolution de la CES adopté à cet égard. Pour en savoir plus : http://www.etuc.org/fr

Thomas Miessen, CSC - Service international - article repris du site CSC.

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